Aubervilliers En Lutte

Blog de grève des établissements scolaires d'Aubervilliers

Un article du Monde (19/02/2010)

Posted by aubervilliersenlutte sur 20 février 2010

En Seine-Saint-Denis, les professeurs parient sur la « grève marchante »

LE MONDE | 19.02.10 | 13h51  •  Mis à jour le 19.02.10 | 13h51
« Nous sommes les équipes mobiles de grève « , s’amuse Karine Arditti, professeure d’histoire-géographie. Un clin d’oeil ironique aux équipes mobiles de sécurité mises en place depuis octobre 2009 pour répondre aux problèmes de violence dans les établissements scolaires. Dans la bouche de cette enseignante du lycée Henri-Wallon d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), cette expression n’est pourtant pas qu’un clin d’oeil.

Depuis le 1er février 2010, Mme Arditti a cessé le travail et quitté sa « salle des profs ». Moteur du mouvement, les enseignants grévistes de son établissement ont organisé des visites dans tous les « bahuts  » voisins. Une trentaine au total, à raison de « trois ou quatre par jour ».

Ces enseignants protestataires constituent le fer de lance d’une mobilisation qui fait tâche d’huile depuis plusieurs semaines dans le département et qu’ils espèrent élargir. Jeudi 18 février 2010, les deux chiffres du « 9-3 » dominaient encore sur la plupart des banderoles de la manifestation qui, à Paris, a rassemblé quelques milliers de participants.

A la veille des vacances, une dynamique semble s’être enclenchée. « Lors de la première assemblée générale à Aubervilliers, il y a trois semaines, nous étions environ 200 personnes, raconte Ioannis Bolis, professeur d’éco-gestion au lycée Henri-Wallon. Une semaine plus tard, entre 600 et 700. » Jeudi 11 février, c’est un millier d’enseignants qui a manifesté dans la capitale, et plus du double le 18. Certaines écoles primaires se sont jointes à un mouvement désormais sorti des limites du département.

Véronique Decker, directrice de l’école primaire Pierre-et-Marie-Curie de Bobigny (Seine-Saint-Denis), y voit là la récompense de la stratégie de la « grève marchante » des enseignants. « Tout a commencé au lycée Henri-Wallon, avec des jeunes profs plutôt marqués à l’extrême gauche. Même s’ils sont syndiqués, ils n’ont pas demandé à leurs représentants d’organiser une journée de grève. Ils sont allés directement convaincre leurs collègues de se mobiliser. » Les grévistes ont expliqué leur opposition aux suppressions de postes, informé leur collègues sur les manifestations ou « tracté » à la sortie des écoles pour « sensibiliser les parents ». « On est partis en grève sur des convictions personnelles », assure Rémy Logie, de la même école et membre de SUD-éducation.

Fortement syndiqués

En Seine-Saint-Denis, les professeurs, plus jeunes qu’ailleurs, restent fortement syndiqués. Pourtant, lors des assemblées générales, les syndicalistes présents n’occupent pas la tribune, affirment les participants. « La grève fonctionne beaucoup dans l’informel et dans l’humain, décrypte Véronique Decker, pas dans la saisine syndicale. »

Les récents épisodes de violence dans les lycées, tout comme le refus du ministère de reconnaître aux enseignants du lycée Adolphe-Chérioux l’exercice du droit de retrait, ont créé un contexte favorable à la propagation du mouvement. Les contestataires de Seine-Saint-Denis, lisent eux cette violence scolaire comme « un symptôme » de la dégradation liée aux suppressions de postes. Un axe de bataille auquel ils relient la réforme de la formation des enseignants et le manque de remplaçants.

A la veille des vacances scolaires en Ile-de-France, les grévistes sont satisfaits. « On a montré l’existence d’un ras-le-bol », dit Ioannis Bolis. Beaucoup évoquent la mythique mobilisation des enseignants de ce département en 1998. Même s’ils le souhaitent tous, ils ignorent si leur revendications, reprises par les syndicats, s’étendront au-delà de l’académie de Créteil, ou si les vacances lui porteront un coup fatal. La journée nationale prévue le 12 mars prochain apportera une première réponse.

Yann Bouchez
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