Aubervilliers En Lutte

Blog de grève des établissements scolaires d'Aubervilliers

Masterisation et suppressions de postes

Posted by aubervilliersenlutte sur 10 février 2010

Mastérisatio : la vérité sort de la bouche du député

30 nov
2009
MANIF017 La mastérisation sert à détruire des postes d’enseignants. Et elle se traduira par une accentuation du sentiment de dévalorisation du métier. Tract syndical ? Non, rapport du député UMP Dominique Le Mèner, présenté à l’Assemblée nationale en octobre.

Rassurons tout de suite l’électorat UMP, Jean-François Coppé (le patron des députés UMP) et Nicolas Sarkozy, Dominique Le Mèner est… pour cette réforme de la formation et du recrutement des enseignants. Il est donc d’autant plus intéressant de le citer. Voici ce qu’il écrit à la page 7 de son rapport : «D’autre part, le schéma d’emplois du projet de budget est directement issu de cette réforme (Note de SH la mastérisation), dont l’un des effets est d’affecter, à compter du 1er septembre 2010, dans les écoles et les établissements scolaires, les enseignants nouvellement recrutés. En conséquence, en venant s’ajouter à la suppression de 600 emplois administratifs, cette mesure entraînera la suppression, à compter de cette date, de :
9 182 emplois d’enseignants stagiaires (soit 3 061 équivalents temps plein travaillé ou ETPT) dans le 1er degré ;
6 733 emplois d’enseignants stagiaires (soit 2 244 ETPT) et 411 emplois de conseillers principaux d’éducation stagiaires (soit 137 ETPT) dans le 2nd degré ;
1 876 emplois de stagiaires dans l’enseignement privé (soit 625 ETPT).
»

La vérité sort donc parfois du puits… ou de l’Assemblée Nationale. Une vérité niée par les ministres Xavier Darcos et Valérie Pécresse l’an dernier, tout au long du conflit qui les a opposé aux universitaires sur ce point. Sur lequel Valérie Pécresse et Luc Chatel viennent de prendre des décisions qui ont soulevé une large protestation. Tout dernièrement, des Conseil d’Administration d’université ont voté des motions refusant cette réforme (Bordeaux-4, Strasbourg, Nice…).

Le député Dominique Le Mèner fait aussi litière d’une rengaine presidentielle et ministérielle : la mastérisation c’est pour permettre une revalorisation salariale conséquente du corps enseignant dont le statut social est mis à mal par des revenus qui n’ont pas suivi l’évolution sociale et leurs niveau de formation. Citons Nicolas Sarkozy le 4 septembre 2007 : « Je souhaite faire de la revalorisation du métier d’enseignant l’une des priorités de mon quinquennat parce qu’elle est le corollaire de la rénovation de l’école et de la refondation de notre éducation ». Il faut ajouter que notre Président a parfois des accès de franchise, car il ajoutait : «J’ai bien conscience que votre statut social, votre pouvoir d’achat se sont dégradés au fur et à mesure que votre tâche devient plus lourde, vos conditions de travail plus éprouvantes. La Nation vous doit une reconnaissance plus grande, de meilleures perspectives de carrière, un meilleur niveau de vie, de meilleures conditions de travail.»

Certes, Le Mèner fait lui aussi reluire cette perspective radieuse… mais comme il n’en croit pas un mot – il est bien placé car il vote le budget – il pointe surtout la perspective de voir des enseignants dont on aura reconnu un niveau de formation à bac plus 5 encore plus en retard sur les salariés de même niveau de formation.
Comme il n’ose pas le dire lui même, il cite la sociologue Agnès van Zanten, auditionnée par ses soins: «Quant aux enseignants les plus jeunes, ils vivent une autre forme de dévalorisation. À la différence de leurs aînés, qui ont vécu en  «vase clos», ils comparent leur statut avec celui des autres professions et mettent par conséquent l’accent sur leurs conditions de travail,jugées usantes (car répétitives), et sur l’absence de reconnaissance financière de leur métier. L’arrivée des nouvelles générations d’enseignants dans la carrière, couplée à la hausse de leur niveau de recrutement qui résultera de la mastérisation, renforcera ce sentiment de dévalorisation. Mais elle peut être aussi l’occasion – « historique » – de rénover le métier d’enseignant.»

Soucieux de précision, Dominique Le Mèner introduit dans son rapport, page 14, le tableau suivant, fort instructif avec le salaire annuel moyen brut des enseignants à plein temps en équivalent dollards US convertis sur la base des parités de pouvoir d’achat (donc ne cherchez pas votre salaire en euros la dedans) :
Tableau comparatif salaires enseignants
Comme on dit dans le milieu sportif : yapaphoto !

Par ailleurs, le rapport confirme la suppression de 15 400 emplois d’enseignants dans le budget 2010, ce qui correspond au remplacment de 53% des départs à la retraite. Curieusement, le député y voit la preuve du sérieux de la promesse de revalorisation : moins nombreux, les enseignants seront donc mieux payés…
Pour que cette idée soit perçue par les enseignants, en espérant qu’ils auront la reconnaissance du ventre lors des élections, le gouvernement et les députés UMP ont donc décidé de faire passer l’essentiel de la «revalorisation» par des mesures de types primes (pour heures supplémentaires, entrée dans le metier…), indemnités diverses (professeurs principaux…), et promotions individuelles sur la base d’un «mérite démontré», car cela fait plus d’effet psychologique qu’une augmentation indiciaire pour tous (page 17 du rapport). Quant cette fameuse augmentation indiciaire, il qualifie de «délicate» la reconnaissance de la qualification à bac plus 5, puisqu’il faudra intervenir sur les niveaux de salaires suivants afin de ne pas provoquer des «inversions de carrières» pour les un peu moins jeunes. Du coup, le montant de la dite revalorisation demeure mystérieux.

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